C’est un sujet auquel je pense pour une émission.
D’un point de vue purement opportuniste, les discours sur la déchéance marchent bien à droite avec des arguments civilisationnels bidons qui permettent de détourner l’attention et de ne rien changer.
Mais ce n’est pas pour cela que la notion de déchéance n’est pas pertinente et qu’on ne peut pas utiliser ce type de discours pour introduire des sujets qui le soient.
La notion de pays en voie de sous-développement me semble avoir ce qu’il faut de caractère putaclic et ouvrir la voie à des arguments intéressants :
Un pays en voie de sous-développement est donc un pays qui était développé et qui retourne vers ce qui fait un pays sous-développé. Il conserve donc nécessairement des aspects de développement mais la tendance est là.
Démographiquement, la natalité est faible mais la mortalité infantile monde, l’espérance de vie stagne au mieux et la pénurie de médecins promet une dégradation.
L’éducation se dégrade : la rémunération des profs a baissé sur long terme, le niveau des élèves est plus faible que par le passé, sauf quand ils viennent d’un milieux social favorisé, les études supérieures sont plus difficilement accessibles.
Les femmes sont défavorisées, en dépit des efforts des féministes et des tentatives de discrimination positives, l’écart se creuse entre les jeunes femmes et les jeunes hommes. Les premières étant plus progressistes les seconds plus conservateurs que les générations précédentes. L’extrême droite favorise ce décalage et pousse la remise en cause du droit à l’avortement, à la contraception, aux revendications féministes et à l’ennemi auto-désigné wokiste en général.
Des inégalités importantes sont également la marque du sous-développement et elles progressent à grands pas chez au détriment en premier lieu des plus pauvres. Les effets se voient avec l’émergence de la minorité des ultras riches intouchable mais aussi générationnel avec l’accès à la propriété, au poids économique du foncier et à sa rémunération ou à celle des actions. Une société à 3 vitesses se met en place.
Un pays en voie de sous-développement se désindustrialise, développe l’économie “de service” consistant à ce que les riches se fassent servir par les pauvres au prix de la précarisation. Côté finances les rendements exigés sont supérieurs au rendement de l’économie réelle. L’élite économique mise sur des activités hors de l’économie réelle : la propriété intellectuelle (marques, droit d’auteur et droits voisins) l’économie de casino (financiarisation de l’économie, cryptomonnaies), paupérisation générale de la population. L’économie réelle peine à se financer car elle n’est pas assez rentable.
Un pays en voie de sous développement est économiquement soumis à la subordination de pays plus puissants et de multinationales qui s’approprient les ressources, détruisent l’environnement et freinent le développement. Les monarchies pétrolières rachètent notre patrimoine avec la bénédiction de nos chefs d’état qui pactisent occasionnellement avec des terroristes.
Au final, un pays en voie de sous-développement est un pays qui est largement soumis à un programme ad hoc et non pas victime des circonstances.

